In the Chamber -- Grant Mitchell's Blog

Agir avec foi

Posted 10/28/2011 by Grant Mitchell

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Agir avec foi

 Remarques adressées au Comité interconfessionnel sur les changements climatiques

 Je vous remercie de votre invitation. Je suis ici parce que je crois que ces travaux sont importants.

 On m’a suggéré de faire porter mes remarques, en partie, sur le projet de loi C-311, et comme cela concorde avec ce que je voulais vraiment dire, j’ai donc accepté de le faire. Le projet de loi C-311 était le projet de loi sur les changements climatiques que le néo-démocrate Bruce Hyer avait présenté et que l’opposition au gouvernement minoritaire de M. Harper avait adopté l’an dernier. Je l’ai parrainé et il a été défait par la majorité conservatrice au Sénat.

 On a dit que j’avais demandé le vote et que cela avait forcé d’une quelconque façon les conservateurs à défaire le projet de loi. Deux points accrochent dans cette interprétation : l’opposition au Sénat ne peut demander un vote, même si nous avions été majoritaires et évidemment, personne, et encore moins moi-même, n’a forcé les conservateurs à le défaire. De fait, j’aimerais pouvoir m’attribuer le mérite d’avoir demandé le vote parce que si les conservateurs n’en étaient pas venus à avoir autant les nerfs à vif au point de demander le vote, ils l’auraient défait en le laissant mourir au Feuilleton sans qu’il ne soit jamais mis aux voix.

 Ce que ce projet de loi a de remarquable, c’est que, comme la Loi de mise en œuvre du protocole de Kyoto avant lui (que j’ai parrainée et qui a aussi été adoptée), il était tout sauf banal pour un gouvernement résolu à faire peu, sinon rien, à l’égard des changements climatiques. Même si le projet de loi avait été adopté, il aurait très peu contribué aux progrès en matière de changements climatiques et n’aurait pas fait dévier du tout le gouvernement de sa trajectoire d’inaction en matière de changements climatiques.

 Les projets de loi d’initiative privée ne peuvent être des lois de crédit et par conséquent, ils ne peuvent pas demander beaucoup du gouvernement en fait d’intervention concrète. Ces deux projets de loi ne faisaient que demander au gouvernement de rendre compte des progrès dans la réalisation de certains objectifs de réduction des GES. Dans le cas du projet de loi sur Kyoto, c’est ce qu’ils font depuis plusieurs années, littéralement sans effet.

 La mort du projet de loi C-311 a été l’un des moments les plus déroutants et les plus frustrants de ma carrière politique.

 Malgré ce qui apparaît pour la plupart d’entre nous comme une preuve très claire de la nécessité d’agir et des avantages de l’action par rapport à l’inaction, nous n’avons même pas réussi à faire adopter un projet de loi qui ne faisait guère plus que reconnaître l’existence des changements climatiques.

 Nous savons que les preuves scientifiques des changements climatiques sont écrasantes. Il y a probablement un plus grand consensus sur cette donnée scientifique qu’il n’y en a sur bien des choses sur lesquelles nous jouons notre vie à longueur de journée, par exemple ces produits pharmaceutiques qui ne fonctionnent qu’une partie du temps pour une partie des gens. Pourtant, ceux qui véhiculent le mantra de « la mauvaise science » ont à toute fin pratique contrecarré les progrès réels en matière de changements climatiques.

 Nous n’avons même pas besoin de nous fier à la science. Nous le voyons aux actualités et nous le sentons dans notre propre vie quand il fait 28 degrés à Toronto au beau milieu d’octobre.

 Il y a la vérité logique, irréfutable, que les changements climatiques causeront des dommages incommensurables aux économies et qu’ils feront disparaître, et sont probablement déjà en voie de faire disparaître, beaucoup plus d’emplois que le développement traditionnel ne réussira jamais à créer. Néanmoins, je ne sais trop comment, c’est l’argument selon lequel le développement industriel qui produit sans relâche des émissions de GES est la seule façon de créer des emplois, qu’il n’y a pas d’autres solutions, qui prévaut.

 L’évidence, c’est que nous avons fondamentalement restructuré notre économie afin de remporter la Deuxième Guerre mondiale et cela n’a pas mis à mal l’économie ni fait disparaître des emplois. L’économiste Mark Jaccard et d’autres experts ont montré que la réalisation d’objectifs de réduction raisonnables des GES ne nuira pas du tout à l’économie du Canada et que cela peut se faire sans fuite de capitaux nette d’une région vers une autre.

 Nous savons aussi que même les sables bitumineux ont produit du pétrole en essuyant une perte importante pendant la plus grande partie des 25 ou 30 dernières années avant que des économies d’échelle, l’ingéniosité des progrès technologiques soutenus et la hausse des prix leur permettent de faire un profit. Pourquoi ne pas avoir la même patience et la même vision pour l’hydrogène, ou l’éolien ou le solaire? Et pourtant, on invoque avec succès les coûts réels et les taxes galopantes comme raisons d’ignorer, de dénigrer et d’écarter presque toutes les autres formes d’énergie.

 Je suis toujours frappé par l’intensité avec laquelle nous nous concentrons sur le programme de répression de la criminalité sans penser un instant à ce que les changements climatiques nous voleront à nous tous.

 Il est clairement temps de changer le cadre de la discussion concernant les changements climatiques.

 Je me rappelle de la fois, pendant la campagne électorale de 2008, où un environnementaliste de haut rang avait dit que Stéphane Dion avait la bonne idée en parlant du tournant vert, tout en le critiquant parce qu’il réussissait si mal à faire passer le message. Venant d’un éminent environnementaliste qui essayait de faire passer le même message, et d’autres messages du même genre, depuis 40 ans et qui, par définition n’avait pas fait mieux, c’était plutôt ironique.

 George Lakoff parle de l’échec des progressistes à communiquer et à convaincre et de la façon dont cet échec est dû à une technique consciente qui a, en parallèle, alimenté la montée de la droite aux États-Unis. Cela s’applique aujourd’hui au Canada. Si vous ne l’avez pas lu son livre, Don’t Think of an Elephant, je vous recommande vivement de vous le procurer et de commencer par ça.

 Il dit que la droite conservatrice s’est aperçu il y a longtemps qu’elle pouvait contrer un argumentaire rationnel par ce qui est devenu un recadrage brillant des enjeux. Comme progressistes, nous voyons nos tentatives de discuter, communiquer et convaincre êtres détournées et contrariées par l’émergence du nouveau recadrage de cet enjeu et de nombreux autres enjeux : les mantras de « mauvaise science », « taxes » et « perte d’emplois » paralysent le débats sur les changements climatiques. D’autres enjeux sont tout aussi bloqués par les mantras : « mollesse face à la criminalité »; « valeurs familiales »; « gouvernement omniprésent »; « taxer et dépenser sans compter ».

 Selon George Lakoff, le déclic ne se fait pas chez les progressistes : nous pensons encore qu’il est possible de gagner un débat au moyen d’un argumentaire rationnel.

 C’est à la lumière de ces observations que j’ai eu une épiphanie voilà quelques mois de cela : l’idée m’a frappé soudainement que nous n’avons pas vraiment besoin de plus de technologies pour réduire les émissions de GES. Nous en avons plus qu’assez à notre disposition. Ce dont nous avons vraiment besoin, ce sont de nouvelles techniques pour convaincre les gens que nous devons réduire les émissions de GES.

 Pour paraphraser George Lakoff, nous devons recadrer cette question des changements climatiques dans une perspective qui convient à la pensée et à l’action progressistes.

 C’est la beauté de l’initiative que le Comité interconfessionnel sur les changements climatiques prend à Ottawa aujourd’hui et demain pour annoncer, décrire et célébrer. Il s’agit d’une rupture très puissante avec le cadre dans lequel nous avons, nous les progressistes, situé la discussion.

 Pour quelques raisons :

 1. La foi fait appel à nos valeurs et à nos motivations les plus nobles. Elle insiste sur le fait que l’humilité devrait se substituer à la prétention démesurée; que l’obligation envers autrui devrait contrer notre tendance à l’égoïsme; que lorsque que nous nous mettons au service des autres, nous devenons de meilleures personnes; et que par-dessus tout, nous avons une profonde responsabilité intergénérationnelle envers nos enfants et nos petits-enfants.

 Nous nous demandons pourquoi la jeune génération, peu importe la lettre par laquelle nous la désignons aujourd’hui, se sent aliénée du processus politique créé pour servir nos intérêts de baby-boomers. Nous leur larguons une catastrophe financière; le coût des études devient prohibitif et lorsque vous pouvez vous les payer, sa valeur est diminuée parce que vous vous retrouvez dans des classes avec 500 autres étudiants et que, de toute façon, vous ne pourrez pas obtenir un véritable emploi. Nous leur larguons aussi la catastrophe des changements climatiques. Croyez-moi, nous avons une responsabilité intergénérationnelle.

 2. L’appel à la foi transcende le continuum gauche-droite qui rend captif le débat sur les changements climatiques : les gens de foi viennent de tous les horizons politiques et lorsqu’il est question de foi, ils sont beaucoup plus souvent d’accord qu’en désaccord. De fait, nous pourrions dire qu’il y a ici un effet de cheval de Troie parce qu’une si grande partie de l’appui du gouvernement actuel vient de gens de foi dont l’opinion aura un effet déterminant sur l’avenir électoral du Parti conservateur.

 Cet appel à l’action est donc un départ très réel dans une direction nouvelle et prometteuse. Une direction dans laquelle les mentalités pourront peut-être changer, les obligations seront comprises et des mesures importantes seront prises. Il y a de l’espoir dans cette démarche, c’est un bon point de départ. Nous devons maintenant faire tout ce qui doit être fait pour arriver à bon port.

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